Colombes, avec ses 86 000 habitants répartis sur les anciennes terrasses alluviales de la Seine, présente une géologie de surface très variable. Les limons et sables de Beauchamp côtoient des remblais anthropiques épais, notamment dans le secteur des Vallées. Cette hétérogénéité modifie localement la réponse sismique : un séisme lointain peut générer ici des amplifications très différentes d’un quartier à l’autre. Le microzonage sismique à Colombes ne se limite pas à un coefficient de sol réglementaire ; nous croisons les profils de vitesse des ondes de cisaillement (Vs30) avec la stratigraphie fine pour produire des spectres de réponse spécifiques au site. Sur les projets de logements collectifs autour de la gare du Stade, le MASW nous permet de cartographier ces contrastes avant le premier coup de pelleteuse.
Sur les alluvions de la Seine à Colombes, un Vs30 médian peut cacher un contraste brutal à 8 mètres : c’est le détail spectral qui dimensionne les fondations.
Méthodologie et portée
Le développement urbain de Colombes a connu une accélération brutale dans les années 1970, avec le remblaiement partiel du bras secondaire de la Seine. Aujourd’hui, quand on fore dans le quartier Fossés-Jean, on traverse parfois 4 mètres de matériaux hétérogènes avant d’atteindre les marnes et caillasses du Lutétien. Pour le microzonage, notre équipe déploie des dispositifs de sismique active et passive (réfraction, MASW, H/V bruit de fond) conformément à la norme NF EN 1998-1 et à l’arrêté du 22 octobre 2010 modifié. L’objectif est double : classifier le site selon l’Eurocode 8 (catégorie A à E) et, pour les projets sensibles, mener une analyse de site spécifique avec modélisation 1D linéaire équivalente sous DEEPSOIL ou STRATA. L’enjeu local est le pic d’accélération au rocher (PGA) et le contenu fréquentiel transmis aux structures, surtout dans les zones d’anciennes carrières souterraines partiellement comblées.
Considérations locales
Comparons le quartier du Petit-Colombes, sur les limons des plateaux, avec le secteur des Grèves, en bord de Seine. Au Petit-Colombes, le sol est plutôt raide : les ondes de cisaillement circulent vite, le risque sismique est dominé par les accélérations hautes fréquences qui pénalisent les bâtiments rigides de faible hauteur. Aux Grèves, sur des alluvions récentes et des remblais saturés, les vitesses de cisaillement chutent en dessous de 200 m/s. Le risque ici, c’est l’amplification des basses fréquences et la liquéfaction potentielle des sables lâches sous nappe. Un microzonage sismique mal calé pourrait conduire à un dimensionnement inadapté : fondations superficielles sous-estimées d’un côté, pieux surdimensionnés de l’autre. Ignorer ces contrastes locaux, c’est accepter un aléa non maîtrisé sur la ductilité des structures en cas de séisme modéré.